Coup d’état en Turquie … ? 16 juillet 2016

Le 16 juillet les médias nous ont appris que l’armée turque avait tenté un coup d’état visant à renverser le Président Recep Tayyip Erdogan. Ce dernier accusa immédiatement l’iman Fethullah Gülen, réfugié aux Etats-Unis d’en être le commanditaire et demanda son extradition vers les Etats-Unis. Puis une purge impressionnante fut immédiatement lancée, ; des milliers d’arrestation certes au sein des forces armées, mais aussi dans la magistrature .

Pourtant le déroulement même du coup d’état pose de nombreuses questions. Tout d’abord, a aucun moment, les communications via internet ont été coupées ; les chaînes privées de télévision turque ont continué à émettre un même programme, ce qui suppose une coordination antérieure ! Enfin, l’attitude même des « mutins » est curieuse. Nombre d’entre eux considéraient qu’ils étaient en exercice ! Il n’y eut aucune coordination sur le terrain ! Aucune tentative de contrôler les points stratégiques  ou de s’emparer des lieux de transmission. La télévision officielle turque n’a une l’image noire que pendant quelques minutes ! Avant que le Président Erdogan reprenne l’initiative et appelle le peuple à descendre dans la rue pour le soutenir ! Ce sont les faits tels qu’ils se sont déroulés qui éveillent les soupçons !

Certes l’armée turque, en charge du flanc sud-est de l’Otan est une armée très attachée à l’idéologie républicaine et laïque de son Mustafa Kemal Atatürk. Plus de 7000 de ses hommes ont fait l’objet d’arrestation ainsi que de nombreux magistrats dans des conditions qui entrainent la réaction du monde occidental notamment de l’Allemagne.

Il semble bien que le « putsch » ne soit qu’un prétexte pour accélérer sa prise de pouvoir et transformer la Turquie en « monarchie républicaine » en se débarrassant de tous ses opposants ! En effet, de nombreux éléments suscitent une interrogation. Notons en particulier que l’Ambassade de France, et le Consulat de France avaient fermé leurs portes dès le 13 juillet et annoncer que les festivités habituelles du 14 juillet étaient supprimées. Manifestement, des informations avaient circulé et présentaient suffisamment de crédibilité pour que les institutions diplomatiques ferment leurs portes !

D’autre part, le Président Erdogan a immédiatement accusé son grand rival F. Gülen d’être le commanditaire de ce « coup d’état ». Or les relations entre les deux hommes n’ont pas toujours été hostiles. C’est en effet F. Gülen qui a soutenu et financé le parti d’ Erdogan au début de sa carrière politique. Tous les deux s’opposaient à l’Etat turc dominé alors par des élites politiques et militaires. L’un et l’autre travaillaient à former une élite musulmane modéré qui devait investir en silence les différents rouages de l’Etat ; Le mouvement de Gülen, Hizmet /Service, comptait des milliers d’adeptes ; craignant pour sa liberté, Gülen émigre aux Etats Unis en 1999 ; il y vit depuis 30 ans.

Leur brouille remonte à l’époque où Erdogan cherche à s’emparer de tous les leviers du pouvoir pour accéder à la présidence. Alors Gülen devient l’ennemi public numéro 1.  Il est donc le bouc émissaire désigné du coup d’Etat. Toutefois il est bon de souligner que les Etats Unis ne se sont pas précipités pour soutenir Erdogan car, entre les Etats Unis et la Turquie, le contentieux est sérieux : divergence concernant la Syrie notamment. Surtout l’accusation lancée contre Gülen met les Etats Unis en difficulté car pour la CIA,  Gülen pour la Turquie est l’équivalent de Soros pour l’Union européenne !

Tous ces éléments semblent pour le moins poser la question de la réalité d’un « coup d’état » mené avec si peu de professionnalisme par des  militaires.  De plus, les listes des personnalités à arrêter étraient prêtes bien avant le putsch ! Mais, Soyons prudents ! Attendons ! Posons-nous la question de savoir à qui profite le crime. Désormais, la voie est libre pour le Président Erdogan de rompre avec l’héritage de de Kemal Atatürk pour construire un régime dit présidentiel qui ne sera qu’une monarchie républicaine dont il assurera la direction avec les islamistes qui l’ont soutenu dans la rue au cri d’Allahu Akbar !!! Dans cette perspective le retour de la peine de mort pour les « insurgés » permettra d’arrêter le processus d’adhésion de la Turquie à l’Europe comme la fort bien dit Madame Federica Mogherini…et de rendre compliquer sa présence dans l’OTAN, comme l’a précisé John Kerry !

Bonnes vacances à tous

JP Arrignon


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