Comment les sanctions imposées à la Russie par les Etats-Unis et l’Union européenne se répercutent sur les citoyens russes ?

  • Par Jean-Pierre Arrignon
  • 13 août 2014
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Pour répondre à ces questions, nous avons choisi de lire et de présenter le très intéressant article d’Evguénij Beljakov paru dans le journal « Komsomol’skaja pravda » du 7-14 août 2014, p. 2-3.

L’auteur choisit de répondre à 8 questions que se posent les Russes moyens sur les conséquences de ces sanctions sur leur vie quotidienne et leur déplacement.

1-      A qui s’adressent ces sanctions ?

En gros, les compagnies américaines et européennes ne peuvent plus collaborer avec leurs partenaires russes dans trois domaines : l’export/import d’armes, l’exploitation et la recherche du pétrole enfin le domaine bancaire.

Pour ce qui est du commerce des armes, nos principaux marchés sont les pays d’Asie, d’Afrique et du Proche-Orient. En Europe, on utilise et pour eux, on encore la technologie militaire russe que dans les anciens pays du bloc socialiste pour lesquels on a conclu des clauses particulières. Quant aux contrats conclus antérieurement aux sanctions, ils seront remplis sans aucune limitation à leur emploi technique.

Dans le domaine du pétrole, les compagnies pétrolières des Etats Unis et de l’Union européenne ne peuvent plus équiper en Russie leurs filiales et les compagnies russes pour les forages en eau profonde et dans l’Arctique ainsi que pour l’exploitation des gisements de schistes pétrolifères. Selon les experts, ces interdictions n’ont qu’une portée préventive et sont sans effet pour l’exploitation courante du pétrole. L’exploitation des gisements de l’Arctique n’est envisagée qu’à 5 – 10ans, Quant à celle des gisements de schistes pétrolifères elle n’est pas encore planifiée.

Dans le domaine bancaire les sanctions touchent 5 banques – Sberbank, VTB, Rossel’khozbank, Gasprombank, Vnešekonombank et leurs filiales. Ces banques ne peuvent plus emprunter de l’argent à long terme aux Etats Unis et en Europe. Toutefois toutes les organisations de crédit déclarent qu’elles ont suffisamment de ressources pour assurer leur développement d’autant qu’elle peuvent toujours emprunter en d’autres places. Enfin, en cas de nécessité, la banque centrale de Russe aidera les banques mentionnées ci-dessus .

2-      Y a-t-il menace de crise ?

Les experts estiment qu’une détérioration rapide de la situation économique n’est pas envisageable, par contre le risque négatif est assez grand car l’introduction des sanctions influe sur le prix du baril de pétrole et génère de l’incertitude. Toujours aux dires des experts, si la situation se détériorerait brutalement, le scénario reproduirait celui, bien connu, des crises du passé. En outre, il y a toujours moyen de contourner les règles fixées. Si les affaires sont menacées, alors on commence à réduire la production et les investissements avec pour conséquence le gel des salaires et l’augmentation du nombre des sans-emplois.

Face à une crise, la Russie dispose de solides réserves. La dette extérieure est minimale. Le Ministère des finances et la banque centrale ont accumulé des réserves suffisantes pour que le pays puisse passer sans problème au moins 2 à 3 ans, dans l’hypothèse où le prix du baril de pétrole s’effondrerait fortement. Les réserves internationales de la banque centrale de Russie sont de 478 milliards de dollars auxquels il faut ajouter près de 6 trillions de roubles soit 175 milliards de dollars du fonds de réserve et du fonds national de soutien. Pourtant des difficultés sont apparues. Par exemple, la société dobrolet a du interrompre temporairement son activité. Elle s’était engagée à transporter les Russes tant à travers le pays qu’à l’étranger à des prix inférieurs de 15 à 20 % à ceux des compagnies traditionnelles. La cessation d’activité a été annoncée le 30 juillet après notification des sanctions de l’Union européenne.

3-      Serons-nous privés de produits et de marchandises ?

Traditionnellement, les sanctions s’appliquent aux relations d’exportation des produits du pays. Le but de la sanction est de porter préjudice à l’Etat et aux compagnies de commerce en réduisant leurs revenus. D’autre part, les Etats Unis et les pays de l’Union européenne veulent conserver ce marché de choix qu’est le marché russe ; c’est en nous fournissant leurs productions qu’ils gagnent leurs profits et assurent des emplois. C’est pourquoi l’arrêt des livraisons de différentes marchandises en Russie devient très rapidement une contre-mesure qu’utilise notre gouvernement comme réponse aux sanctions portées contre nous. Notons aussi que ces sanctions ne sont pas appliquées de façon. drastique. Par exemple, à partir du 1 août, la Russie interdit l’entrée dans le pays de pratiquement tous les fruits et légumes de Pologne, à savoir, les pommes, les poires, les cerises, les pêches, les prunes et les choux. Le gouvernement justifie cette mesure par la transgression par les Polonais des règles de certification et la présence de produits défectueux. En outre, l’interdiction peut s’étendre à d’autres pays de l’union européenne. Pour information, l’an dernier, la Russie a importé de Pologne 1,24 million de tonnes de pommes, soit 54% de la production du pays !

4-      Peut-on limiter l’entrée de simples citoyens russes à l’étranger ?

Les Etats-Unis et les pays de l’Union européenne ont établi une liste noire des quelques dizaines de hauts-fonctionnaires et d’hommes d’affaires, russes, tchétchènes, mais aussi de Crimée et des acteurs politiques des régions de Donetsk et de Lugansk Aux dires des experts, une fermeture massive des frontières des Etats-Unis et des pays de l’Union européenne ne se produira pas pour la simple et bonne raison que les revenus apportés par ces touristes sont, pour beaucoup de pays, trop importants.

5-      Qu’arrivera-t-il à nos dépôts dans les banques ?

A la différence des mesures qui sont appliquées contre la banque « Rossiya », la « Sobinbank » et « SMP Bank » au printemps dernier, les sanctions actuelles ne touchent pas les clients. Rappelons que lorsque le système de paiement international par cartes Visa et Master Card a refusé de collaborer avec les organismes de crédit ci-dessus, il est vrai que les clients de ces banques russes n’ont pas pu utiliser leurs cartes de crédit à l’étranger ainsi que pour payer leurs achats dans de nombreux points de vente en Russie. Notons qu’après de longues discussions avec les acteurs de ces systèmes de paiement par cartes électroniques, un compromis a été trouvé et maintenant les clients de nos banques d’état peuvent utiliser leurs cartes comme ils le veulent.

 

 

6-      Peut-on changer rapidement le cours des monnaies ? Comment conserver notre argent ?

Il est difficile de prédire l’évolution du cours des monnaies. Celle-ci dépend d’une multitude de facteurs comme le prix du pétrole, l’inflation du pays et l’importance de nos réserves monétaires. Les experts estiment que les cours du dollar et de l’euro évolueront peu. Quelques experts ont pronostiqué qu’à la fin de cette année, le dollar pourrait valoir 36 à 37 roubles et l’euro jusqu’à 50 roubles. Cela dépend en grande partie de l’évolution de la situation internationale. Il n’est pas nécessaire de se précipiter dans les officines de change qui souvent soufflent à plein poumon sur le cours des monnaies mondiales pour créer une situation de panique et accentuer leurs marges. Néanmoins, si vous êtes épargnant, il serait plus sage de déposer vos valeurs en différentes valeurs, ce qui est incontestablement une garantie. Il faut surtout éviter de contracter des emprunts en dollar ou en euro, mais emprunter de l’argent dans la valeur où vous recevez vos revenus. C’est évidemment la meilleure solution, surtout s’il y a une hypothèque.

7-      Avon-nous des amis dans l’arène internationale ?

Les sanctions peuvent en effet renforcer nos relations avec les pays d’Asie et les BRICS, ce club informel qui comprend outre la Russie, la chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud.

Les restrictions de nos relations avec les Etats-Unis et les pays d’Europe occidentale ne sont pas une catastrophe, reste encore tout le marché asiatique. Certes le principe de transformation du marché est un processus lent, mais l’avenir est là. D’autre part, nombre d’experts sont d’avis que les sanctions peuvent aider notre économie. Elles stimulent notre gouvernement et nos hommes d’affaires pour chercher en eux-mêmes des solutions et se montrer encore plus actifs dans les domaines de la recherche et de la conquête de nouveaux marchés. Il nous faut regarder le bel exemple de l’Iran qui a été complètement isolé pendant des années et, malgré cela, connaît un taux de croissance élevé. Les sanctions ont permis de mobiliser toutes les ressources intérieures ; la même évolution s’est jadis produite en Chine.

8-      L’introduction de sanctions contre la Russie sera-t-elle suivie par d’autres pays.

Les sanctions contre la Russie ont déjà eu des effets négatifs sur les affaires européennes. La compagnie « Starij svet » place activement son argent dans notre pays. Pour les pays de l’Union européenne, premier partenaire économique de la Russie, la perte du marché russe a été évaluée à 50 milliards d’euros. C’est pourquoi le renforcement des sanctions suscite de plus en plus de réactions négatives dans les pays de l’Union européenne dont les économies sont de plus en plus fragilisées.

J.-P. Arrignon

PS. Pour vous donner quelques informations complémentaires sachez que la popularité du Président V.V. Poutine dépasse les 80 %, que 61% des Russes ne s’intéressent pas du tout aux sanctions, que la Turquie refuse d’appliquer les sanctions et que la chine vient d’ouvrir un centre commercial et douanier particulier pour exporter ses fruits et légumes vers la Russie !


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