{"id":261,"date":"2014-10-27T17:33:02","date_gmt":"2014-10-27T16:33:02","guid":{"rendered":"http:\/\/blogjparrignon.net\/asc2i\/?p=261"},"modified":"2014-10-28T09:24:51","modified_gmt":"2014-10-28T08:24:51","slug":"les-diplomaties-a-la-veille-de-la-premiere-guerre-mondiale","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/blogjparrignon.net\/asc2i\/les-diplomaties-a-la-veille-de-la-premiere-guerre-mondiale\/","title":{"rendered":"\u00ab Les Diplomaties \u00e0 la veille de la Premi\u00e8re Guerre Mondiale \u00bb"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00ab\u00a0Les Diplomaties \u00e0 la veille de la Premi\u00e8re Guerre Mondiale\u00a0\u00bb <\/strong><\/p>\n<p><strong>Communication prononc\u00e9e lors du <\/strong><\/p>\n<p><strong>Colloque Franco-russe<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0La France et la Russie\u00a0: 1914-1918\u00a0: de l\u2019alliance \u00e0 la coop\u00e9ration\u00a0\u00bb <\/strong><\/p>\n<p><strong>Dans le cadre du Centenaire 14-18 <\/strong><\/p>\n<p><strong>Yaroslavl\u2019 15-16 Septembre 2014, <\/strong><\/p>\n<p>Chers coll\u00e8gues,<\/p>\n<p>C\u2019est pour moi un grand honneur et aussi une lourde responsabilit\u00e9 que d\u2019ouvrir ce premier Colloque franco-russe se rapportant \u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0Guerre oubli\u00e9e\u00a0\u00bb par M. Serguei Mironenko, Directeur des archives de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie, lequel reconna\u00eet que \u00ab\u00a0les doigts d\u2019une seule main suffisent pour compter le nombre des monuments consacr\u00e9s aux soldats tomb\u00e9s dans cette guerre, \u00e0 la diff\u00e9rence de l\u2019Occident et notamment de la France o\u00f9 le souvenir de la Premi\u00e8re Guerre mondiale supplante largement celui de la seconde. Certes, aujourd\u2019hui les temps ont chang\u00e9 et je me r\u00e9jouis de l\u2019inauguration \u00e0 Moscou d\u2019un tr\u00e8s beau monument r\u00e9alis\u00e9 par mon ami, le sculpteur, Andr\u00e9j Kovaltchuk. Toutefois, j\u2019attire l\u2019attention de tous les historiens qui par leurs recherches vont nourrir la m\u00e9moire collective, de se garder du mythe qui nourrit trop souvent le devoir de m\u00e9moire, cette \u00ab\u00a0m\u00e9moire oblig\u00e9e, cette sorte d\u2019injonction \u00e0 se souvenir\u00a0\u00bb dont parle Paul Ricoeur, pour se concentrer sur le \u00ab\u00a0devoir d\u2019histoire\u00a0\u00bb, celui que Fran\u00e7ois Bedarida d\u00e9finit comme un devoir de connaissance, le seul apte \u00e0 construire une m\u00e9moire vraie. C\u2019est pour cela que nous sommes ici rassembl\u00e9s. C\u2019est cette m\u00e9moire vraie dont le peuple russe a le plus besoin.<\/p>\n<p>Cette mission, d\u00e9j\u00e0 Henri Barbusse, la souligne dans son roman <em>le Feu, journal d\u2019une escouade<\/em>, pour lequel il a obtenu le prix Goncourt en 1915, il \u00e9crit en son chapitre XIV <em>l\u2019Aube<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a des avocats-\u00e9conomistes, des historiens, est-ce que je sais\u00a0! qui vous embrouillent de phrases th\u00e9oriques\u2026Les savants sont en des cas, des esp\u00e8ces d\u2019ignorants qui perdent de vues la simplicit\u00e9 des choses et l\u2019\u00e9teignent et la noircissent avec des formules et des d\u00e9tails\u2026M\u00eame la v\u00e9rit\u00e9, ils la d\u00e9forment. A la v\u00e9rit\u00e9 \u00e9ternelle, ils substituent chacun leur v\u00e9rit\u00e9 nationale. Autant de peuples, autant de v\u00e9rit\u00e9s qui faussent et tordent la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Maintenant je voudrais aborder le sujet de notre rencontre la France et la Russie de la coop\u00e9ration \u00e0 l\u2019alliance. Je ne voudrais \u00e9voquer ici que trois th\u00e8mes \u00a0: le retournement des alliances\u00a0; le mythe de la puissance russe et la premi\u00e8re bataille de la Marne.<\/p>\n<p><strong>1-\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/strong><strong>Le retournement des alliances<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019empereur Alexandre II (1855-1881), dans les derni\u00e8res ann\u00e9es de son r\u00e8gne ne cache pas ses fortes sympathies prussiennes ni son soutien \u00e0 la politique du chancelier Bismarck, comme ce fut la cas lors de la guerre franco-prussienne de 1870. Cet engouement pour les Prussiens se traduit d\u2019abord par l\u2019utilisation de la langue allemande dans les entretiens priv\u00e9s au cours desquels tr\u00e8s fr\u00e9quemment il se moque des travers caract\u00e9ristiques des slaves\u00a0! Tout cela se fait au d\u00e9triment de la langue fran\u00e7aise, pourtant la plus r\u00e9pandue dans la haute aristocratie aulique. Or, cette germanophilie affich\u00e9e d\u2019Alexandre II suscite les r\u00e9actions n\u00e9gatives de son second fils, le prince Alexandre Alexandrovi\u010d, devenu l\u2019h\u00e9ritier du tr\u00f4ne, suite au d\u00e9c\u00e8s de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, le prince Nicolas Alexandrovi\u010d \u00e0 Nice, le 24\/12 avril 1865, d\u2019une m\u00e9ningite c\u00e9r\u00e9bro-spinale. Le tsar\u00e9vitch consid\u00e8re en effet que l\u2019Allemagne exerce, aupr\u00e8s de son p\u00e8re, \u00ab\u00a0une influence excessive\u00a0\u00bb. A l\u2019annonce du d\u00e9sastre de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise \u00e0 Sedan, il note sur son carnet\u00a0:\u00a0\u00bb Quelle effroyable nouvelle,\u00a0! Mac Mahon d\u00e9truit\u00a0! L\u2019arm\u00e9e en d\u00e9route\u00a0!\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les d\u00e9saccords entre le p\u00e8re et le fils se manifestent encore plus clairement entre 1875 et 1879 \u00e0 l\u2019occasion de la question d\u2019Orient et surtout de la guerre russo-turque de 1877-1878. Les Bulgares r\u00e9volt\u00e9s se soul\u00e8vent contre l\u2019empire ottoman au printemps 1876. Le sultan Abdul Aziz (1861-30 mai 1876) r\u00e9plique en envoyant 10\u00a0000 soldats dont les c\u00e9l\u00e8bres bachi-bouzouks qui s\u2019illustreront par leur extr\u00eame violence. Cette cruaut\u00e9 conduit la Serbie et le Mont\u00e9n\u00e9gro, par solidarit\u00e9 avec les Bulgares, a d\u00e9clar\u00e9 la guerre \u00e0 l\u2019empire ottoman le 1er juillet 1876. Les forces des Slaves du sud sont n\u00e9anmoins \u00e9cras\u00e9es par l\u2019arm\u00e9e du nouveau sultan, Abdul Hamid (31 ao\u00fbt 1876-1918)). C\u2019est dans ce contexte que l\u2019empereur Alexandre II, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre assur\u00e9 de la neutralit\u00e9 de l\u2019Autriche-Hongrie, d\u00e9clare la guerre \u00e0 l\u2019empire ottoman le 21 avril 1877. Les Russes, un temps arr\u00eat\u00e9s par le si\u00e8ge de Plevna (19 juillet-10 d\u00e9cembre 1877), s\u2019emparent de Tr\u00e9bizonde puis d\u2019Andrinople et sont aux portes d\u2019Istanbul. La Grande Bretagne ne veut pas que les d\u00e9troits passent sous le contr\u00f4le des Russes\u00a0; ses diplomates s\u2019entremettent pour arr\u00eater l\u2019offensive russe et n\u00e9gocier le trait\u00e9 de San Stefano sign\u00e9 le 3 mars 1878.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de cette guerre, Alexandre II confie le commandement des op\u00e9rations au grand duc Nicolas Nicolaevi\u010d, provoquant la grande d\u00e9ception du tsar\u00e9vitch Alexandre Alexandrovi\u010d qui esp\u00e9rait obtenir ce commandement supr\u00eame. En v\u00e9rit\u00e9, l\u2019empereur sait bien que son fils a peu de sympathies pour\u00a0\u00ab\u00a0 les petits fr\u00e8res Bulgares, saints et martyrs\u00a0\u00bb qu\u2019il n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 brocarder en priv\u00e9, et qu\u2019en revanche, il manifeste un r\u00e9el int\u00e9r\u00eat pour l\u2019empire ottoman\u00a0! Le tsar\u00e9vitch devra se contenter du commandement d\u2019une arm\u00e9e. Le Trait\u00e9 de San Stefano suscite l\u2019opposition des Anglais et Benjamin Disraeli exige la r\u00e9vision de ce trait\u00e9. Elle aura lieu au Congr\u00e8s de Berlin (1878)\u00a0; les Russes perdent tous les avantages que le Trait\u00e9 de San Stefano leur avait conc\u00e9d\u00e9s. Otto von Bismarck en profite, en outre, pour s\u2019allier \u00e0 l\u2019Autriche-Hongrie pour contrer la Russie dans les Balkans et s\u2019opposer \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019une grande Bulgarie.<\/p>\n<p>Le Tsar\u00e9vitch a tir\u00e9 de son exp\u00e9rience militaire quelques conclusions. La n\u00e9cessit\u00e9 de lancer un vaste programme de r\u00e9formes de la Marine et de l\u2019Arm\u00e9e. La tension monte alors entre le p\u00e8re et le fils\u00a0; mais le 13 mars 1881, Alexandre II est assassin\u00e9\u00a0; Alexandre III acc\u00e8de au tr\u00f4ne\u00a0; Tcha\u00efkovsky compose en 1883 sa c\u00e9l\u00e8bre cantate <em>Moscou<\/em> pour le couronnement du nouvel empereur. C\u2019est \u00e0 partir des ann\u00e9es 1880-1890 que s\u2019\u00e9bauche le rapprochement avec la France dont les principaux protagonistes furent c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais le g\u00e9n\u00e9ral Raoul de Boisdeffre (1839-1919) et du c\u00f4t\u00e9 russe le g\u00e9n\u00e9ral Nicolas Nicolaevi\u010d Obroutchev (1830-1904).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le rapprochement avec la France s\u2019op\u00e8re dans les ann\u00e9es 1880-1890. Certes, Alexandre III n\u2019a aucune sympathie personnelle ou politique pour le r\u00e9gime de la R\u00e9publique fran\u00e7aise, mais il parle couramment la langue fran\u00e7aise et, \u00e0 l\u2019occasion des n\u00e9gociations pour les trait\u00e9s de San Stefano et du Congr\u00e8s de Berlin, il s\u2019est parfaitement rendu compte de l\u2019isolement politique dans lequel Bismarck s\u2019effor\u00e7ait de tenir la France depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es. Enfin, Alexandre III avait besoin d\u2019importants capitaux pour lancer ses programmes de r\u00e9formes, or, seule la France \u00e9tait en mesure de les lui fournir\u00a0. Ainsi, la France et la Russie avaient manifestement des int\u00e9r\u00eats communs. Le rapprochement, que permettait la nouvelle conjoncture politique, s\u2019ouvre apr\u00e8s la d\u00e9mission d\u2019Otto von Bismarck en 1890 suivi, la m\u00eame ann\u00e9e, par le refus de l\u2019empereur germanique Guillaume II de renouveler le trait\u00e9 de r\u00e9assurance, ce qui mettait <em>de facto <\/em>un terme \u00e0 l\u2019alliance des trois empereurs que Bismarck avait toujours d\u00e9fendue et en laquelle il voyait la garantie du maintien du statu quo en Europe et la marginalisation de la France.<\/p>\n<p>Alexandre III prend l\u2019initiative d\u2019envoyer son ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res, Nicolas de Giers (1820-1895), aupr\u00e8s du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise, Sadi Carnot(1887-1894) , en vue d\u2019engager des conversations avec l\u2019empire russe. Le ministre russe est bien accueilli en France. Des relations amicales se nouent alors entre les deux Etats, ce que confirme Alexandre III qui se rend ostensiblement, avec toute sa famille, \u00e0 la visite d\u2019une exposition organis\u00e9e par les industriels fran\u00e7ais \u00e0 Moscou, en mai 1890.<\/p>\n<p>Cette nouvelle donne alerta pourtant Guillaume II qui, s\u00fbr de son ascendant sur le nouvel empereur, s\u2019invita aux grandes man\u0153uvres de l\u2019arm\u00e9e russe en ao\u00fbt 1890\u00a0; devant, ce fait accompli, Alexandre III d\u00e9cide d\u2019inviter \u00e0 participer \u00e0 ces grandes man\u0153uvres, le chef d\u2019\u00e9tat-major de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, le g\u00e9n\u00e9ral Raoul de Boisdeffre (1839-1919). Ainsi, Alexandre III neutralise la pr\u00e9sence de l\u2019empereur d\u2019Allemagne et surtout permet \u00e0 la France de mesurer l\u2019importance d\u2019une alliance militaire avec la Russie. De plus, en 1888, Alexandre III avait ouvert une souscription \u00e0 l\u2019emprunt russe \u00e0 Paris, laquelle avait \u00e9t\u00e9 rapidement souscrite. La France avait confiance dans cette alliance russe qui permettait de sortir le pays de son long isolement. Ces excellentes relations franco-russes furent concr\u00e9tis\u00e9es par Alexandre III qui remis l\u2019Ordre de Saint Andr\u00e9 le Premier couronn\u00e9 au Pr\u00e9sident Sadi Carnot, distinction particuli\u00e8rement honorifique. En retour, le g\u00e9n\u00e9ral de Boisdeffre est charg\u00e9 d\u2019organiser la visite officielle de l\u2019escadre fran\u00e7aise \u00e0 Kronstadt durant l\u2019\u00e9t\u00e9 1891 le ministre allemand Bernhard von B\u00fclow (1849-1929) note alors dans ses m\u00e9moires \u00ab\u00a0la population et les \u00e9quipages des navires russes \u00e9taient enthousiastes. Le Grand Duc Alexis, Grand Amiral et commandant supr\u00eame de la flotte offrit un splendide banquet \u00e0 l\u2019amiral Gervais, son \u00e9tat-major et aux commandants des navires fran\u00e7ais\u00a0\u00bb. L\u2019empereur et son \u00e9pouse visit\u00e8rent avec \u00e9merveillement le <em>Marengo<\/em> et, supr\u00eame marque d\u2019amiti\u00e9, l\u2019empereur autorisa \u00e0 jouer la <em>Marseillaise<\/em>, hymne jusqu\u2019alors interdit en Russie.<\/p>\n<p>C\u2019est au cours de l\u2019\u00e9t\u00e9 1891 qu\u2019un premier accord officiel fut initi\u00e9 par un \u00e9change de correspondance entre le ministre fran\u00e7ais des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Alexandre Ribot et le ministre russe des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Nicolas de Giers ne convention militaire rigoureusement secr\u00e8te fut sign\u00e9e le 17 ao\u00fbt 1892 par le g\u00e9n\u00e9ral Raoul de Boisdeffre et son homologue russe le g\u00e9n\u00e9ral Nikolaj N. Obru\u010dev (1830-1904). Cette convention pr\u00e9voyait la mobilisation mutuelle dans les deux pays en cas d\u2019une mobilisation d\u2019une des puissances de la Triplice, une intervention russe contre l\u2019Allemagne si l\u2019Allemagne ou l\u2019Italie attaquait la France et une intervention fran\u00e7aise contre l\u2019Allemagne, si l\u2019Allemagne ou l\u2019Autriche-Hongrie attaquaient la Russie. Cette convention fut ratifi\u00e9e par l\u2019empereur Alexandre III le 27 octobre 1893 et par le gouvernement fran\u00e7ais le 4 janvier 1894. L\u2019alliance franco-russe est en place.<\/p>\n<p>Le r\u00f4le de l\u2019empereur Alexandre III a \u00e9t\u00e9 primordiale dans la reconstruction de l\u2019Europe politique de l\u2019apr\u00e8s Bismarck. L\u2019alliance des trois empereurs charg\u00e9e de garantir le statu quo a disparu\u00a0; la France peut sortir de l\u2019isolement ou Bismarck l\u2019avait confin\u00e9e\u00a0; la Russie peut sereinement poursuivre ses r\u00e9formes \u00e9conomiques indispensables \u00e0 la modernisation du pays gr\u00e2ce aux emprunts russes, en France. Malheureusement, la mort pr\u00e9matur\u00e9e de l\u2019empereur Alexandre III le 1 novembre 1894 ouvre une autre p\u00e9riode d\u2019incertitude avec l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de Nicolas II.<\/p>\n<p>Le nouvel empereur, \u00e9galement francophone, conna\u00eet bien la France et semble bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 poursuivre la politique de son pr\u00e9d\u00e9cesseur\u00a0; aussi, en 1896, avec son \u00e9pouse Alexandra Fedorovna, il effectue un voyage officiel en France\u00a0; ce fut un grand succ\u00e8s populaire si l\u2019on s\u2019en rapporte \u00e0 la presse de l\u2019\u00e9poque. Ils visit\u00e8rent alors Compi\u00e8gne et Paris, puis, \u00e0 cette occasion l\u2019empereur posa la premi\u00e8re pierre du Pont Alexandre III qui sera inaugur\u00e9 en 1900, \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019exposition universelle, par le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Emile Loubet(1899-1906). En 1897, le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise F\u00e9lix Faure (1895-1899) se rend \u00e0 son tour en visite officielle \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg et pose \u00e0 cette occasion la premi\u00e8re pierre du pont de la Trinit\u00e9 sur la N\u00e9va, dont la construction est confi\u00e9e \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 C. Batignolles (1871-1968). Il sera inaugur\u00e9 en 1903. Il est int\u00e9ressant de souligner la symbolique des deux ponts qui r\u00e9unissent d\u00e9sormais la France et la Russie contre une menace commune, celle de l\u2019Allemagne. Cette volont\u00e9 d\u2019assistance mutuelle en cas de conflits est d\u2019ailleurs rapidement explicit\u00e9e par le renforcement de l\u2019alliance franco-russe par Delcass\u00e9 en ao\u00fbt 1899\u00a0: d\u00e9sormais, la France s\u2019engage \u00e0 soutenir la Russie dans les Balkans et la Russie soutient la France pour l\u2019Alsace-Lorraine. Ces relations amicales entre la France et la Russie sont r\u00e9guli\u00e8rement entretenues par de fr\u00e9quentes visites officielles au plus haut niveau. Ainsi, en septembre 1901, Nicolas II vient en visite officielle en France et suscite un enthousiasme populaire g\u00e9n\u00e9ral. En compagnie du Pr\u00e9sident Emile Loubet, il assiste \u00e0 de grandes man\u0153uvres militaires \u00e0 B\u00e9theny pr\u00e8s de Reims dans lesquelles 120\u00a0000 h. sont engag\u00e9s. L\u2019ann\u00e9e suivante, 1902, c\u2019est au tour d\u2019Emile Loubet d\u2019effectuer une visite officielle \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg. Le 31 juillet 1909 Nicolas II et le Pr\u00e9sident Armand Falli\u00e8res (1906-1913) se rencontre \u00e0 Cherbourg. Raymond Poincar\u00e9, alors Pr\u00e9sident du Conseil conduit une visite officielle \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg du 9 au 16 juin 1912\u00a0; il y retourne en qualit\u00e9 de pr\u00e9sident de la R\u00e9publique (1913-1920) du 13 au 23 juillet 1914. Au cours de ces rencontres, il est \u00e0 souligner combien la repr\u00e9sentation militaire est importante. Les grandes entreprises europ\u00e9ennes profit\u00e8rent de ce climat pour se lancer dans une tr\u00e8s active politique de r\u00e9armement que ce soit Krupp, Skoda, le Creusot, Schneiders ou Vickers-Maxim. L\u2019\u00e9conomie de guerre se d\u00e9ployait \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne et avec elle, la recherche de nouveaux armements dont l\u2019utilisation et les performances vont profond\u00e9ment modifier les strat\u00e9gies con\u00e7ues \u00e0 l\u2019\u00e9poque pr\u00e9c\u00e9dente. En outre, il ne faut pas sous-estimer un autre aspect de ces bonnes relations qui se nouaient entre la France et la Russie. Les entreprises fran\u00e7aises gagnaient de nombreux march\u00e9s dans ce pays en pleine transformation et pouvaient compter sur la pr\u00e9sence de nombreux \u00e9migr\u00e9s fran\u00e7ais, artisans, commer\u00e7ants, ing\u00e9nieurs qui trouvent dans ce pays un accueil d\u2019autant plus favorable que l\u2019intelligentsia russe est largement francophone. L\u2019alliance franco-russe est non seulement une d\u00e9marche diplomatique et militaire, elle est aussi une d\u00e9marche de partage culturel comme l\u2019illustre les c\u00e9l\u00e8bres <em>ballets russes<\/em> de Serge de Diaghilev (1872-1929) dont le succ\u00e8s est immense dans l\u2019imm\u00e9diat avant-guerre avec les c\u00e9l\u00e8bres danseurs Michel Fokine(1880-1942) et bien s\u00fbr Vaslav Nijinsky. Les ponts symboles de cette alliance, unissent ainsi deux peuples qui appr\u00e9cient une culture partag\u00e9e.<\/p>\n<p>La crise franco-britannique autour de Fachoda (1898) et les \u00e9v\u00e9nements de 1905 en Russie ne vont pas modifier ce climat de coop\u00e9ration entre la France et la Russie. Bien au contraire, ils vont \u00eatre l\u2019occasion, le premier de rapprocher la France de l\u2019Angleterre pour former l\u2019Entente cordiale conclue le 8 avril 1904 laquelle sera \u00e9largie le 31 ao\u00fbt 1907 pour former la Triple entente, France, Royaume uni et Russie pour faire pi\u00e8ce \u00e0 la Triplice, Empires allemands, autrichiens et royaume d\u2019Italie. Ce dernier a vainement tenter de maintenir l\u2019isolement de la France et d\u2019entraver son expansion coloniale. Tout au contraire, la Triplice poussa la France \u00e0 conclure l\u2019alliance franco-russe puis la Triple Entente pour sortir de son isolement et trouver des alli\u00e9s capables de s\u2019opposer aux monarchies d\u2019Europe centrale auxquelles s\u2019est ralli\u00e9e pour peu de temps l\u2019Italie.<\/p>\n<p><strong>II-Le mythe de la puissance russe et la d\u00e9termination allemande.<\/strong><\/p>\n<p>Alors que la situation se tend en Europe, le Pr\u00e9sident des Etats Unis Woodrow Wilson, \u00e9lu en 1912 et portant peu d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 la politique internationale, envoie son bras droit Edward House en Europe mesurer la situation. Celui-ci arrive en Europe au printemps 1914 et se rend imm\u00e9diatement en Allemagne. Ce qu\u2019il apprend alors le saisit d\u2019effroi. Dans sa lettre \u00e0 Wilson du 29 Mai 1914 il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est du chauvinisme pouss\u00e9 jusqu\u2019au d\u00e9lire le plus complet\u00a0\u00bb et il pr\u00e9disait l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un affreux cataclysme, si Wilson ne prenait pas les choses en main parce que \u00ab\u00a0personne en Europe ne peut le faire. Il ya trop de haine, trop de jalousies\u00a0\u00bb. N\u00e9anmoins, House continua sa mission et fut re\u00e7u par Guillaume II le 1 juin 1914. Il s\u2019effor\u00e7a de persuader le Kaiser qu\u2019il n\u2019aurait jamais d\u00fb d\u00e9fier la puissance navale britannique. Si l\u2019Allemagne renon\u00e7ait \u00e0 ce dessein qui avait pouss\u00e9 le Royaume Uni \u00e0 rallier l\u2019alliance franco-russe, le Royaume Uni se d\u00e9tacherait de la Russie et de la France pour s\u2019allier \u00e0 l\u2019Allemagne. Guillaume II accepta d\u2019achever le programme en cours mais renonce \u00e0 poursuivre le renforcement de sa marine. Aussit\u00f4t Ed. House se rend en Grande Bretagne pour rencontrer le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, sir Edward Grey. Ils convinrent ensemble qu\u2019aucun des Etats europ\u00e9ens ne voulait r\u00e9ellement la guerre\u00a0! Pourtant, Jagow, Ministre allemand des Affaires \u00e9trang\u00e8res a bien not\u00e9 la conversation qu\u2019il eut au printemps de 1914 \u00e0 Carlsbad en Boh\u00eame avec Moltke\u00a0: \u00ab\u00a0Dans deux ou trois ans\u2026la sup\u00e9riorit\u00e9 militaire de nos ennemis sera si grande qu\u2019il ne savait pas comment on pourrait en venir \u00e0 bout. Aujourd\u2019hui nous pourrions encore leur tenir t\u00eate. Il n\u2019y a pas d\u2019autre alternative que de mener une guerre pr\u00e9ventive pour vaincre l\u2019ennemi tant qu\u2019il y a une chance de victoire. Le chef d\u2019\u00e9tat major g\u00e9n\u00e9ral a donc propos\u00e9 que je pratique une politique ayant pour but de provoquer une guerre dans un avenir proche\u00a0\u00bb. Cette crainte d\u2019un affrontement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 pousse alors les \u00e9tats-majors des puissance europ\u00e9ennes \u00e0 pr\u00e9parer des plans de guerre. Le plus c\u00e9l\u00e8bre et le plus lourd d\u2019implications internationales est certainement celui pr\u00e9par\u00e9 par le comte Alfred von Schliefen (1833-1913), chef du Grand Etat-major g\u00e9n\u00e9ral des arm\u00e9es allemandes de 1891 \u00e0 1906. A partir de 1879, les plans de guerre allemands partent tous de l\u2019hypoth\u00e8se que l\u2019Allemagne aurait \u00e0 affronter la Russie et la France\u00a0; ces deux derniers pays ayant conclu leur alliance en 1894. Plut\u00f4t que d\u2019entrer dans les discussions pr\u00e9liminaires au conflit, suite \u00e0 l\u2019attentat de Sarajevo, le 28 juin 1914, et \u00e0 la disparition de l\u2019Archiduc Fran\u00e7ois Ferdinand et de son \u00e9pouse, par ailleurs bien \u00e9tudi\u00e9es dans le travail de D. Fromkin, je voudrais retenir surtout le myst\u00e8re et la crainte que la Russie \u00e9voquait en Europe.<\/p>\n<p>En effet, Pour l\u2019Allemagne et l\u2019Autriche-Hongrie, les Balkans \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme vitaux tant pour l\u2019expansion \u00e9conomique que pour l\u2019affirmation de la supr\u00e9matie allemande sur les peuples slaves. L\u2019aspect racial du conflit ne doit pas \u00eatre minimis\u00e9 d\u2019autant que la Russie, gr\u00e2ce au soutien de la France, connaissait un d\u00e9veloppement industriel fulgurant qui g\u00e9n\u00e9rait la peur. Au printemps de 1914, l\u2019ambassadeur du Royaume uni en Russie avertissait le Foreign Office que la Russie devenait si rapidement puissante qu\u2019il fallait \u00ab\u00a0s\u2019assurer de son amiti\u00e9 presque \u00e0 n\u2019importe quel prix\u00bb. De son c\u00f4t\u00e9 Moltke \u00e9tait convaincu que l\u2019Allemagne devait provoquer le plus t\u00f4t possible une guerre pr\u00e9ventive contre la France et la Russie. Moltke \u00e9tait pessimiste estimant que les Prussiens ne finissent par \u00eatre submerg\u00e9s par les Slaves du seul fait de leur sup\u00e9riorit\u00e9 num\u00e9rique. La Russie comptait alors 170.000.000 d\u2019habitants. Il n\u2019avait cess\u00e9 de pr\u00e9coniser la guerre contre la Russie avant que l\u2019empereur russe n\u2019eut modernis\u00e9 et r\u00e9arm\u00e9 son empire. Il tenait aussi \u00e0 ce que la Russie apparaisse comme l\u2019agresseur seul moyen de rassembler les Allemands pour vaincre. Le 28 juillet, 1914, Moltke poursuit sa d\u00e9marche. Son objectif n\u2019est pas de faire la guerre \u00e0 la Serbie, mais \u00e0 la France et \u00e0 la Russie. Il estime que le temps ne joue pas en faveur de l\u2019Allemagne, bien au contraire\u00a0! Pour lui, la France et la Russie peuvent \u00eatre battues en 1914\u00a0; l\u2019Allemagne le serait en 1916 ou 1917. Il faut frapper tout de suite. Les dirigeants fran\u00e7ais connaissent bien la Russie et ont pu constater l\u2019\u00e9tat de son arm\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion de man\u0153uvres militaires. Il semble bien que la ligne politique du pr\u00e9sident Poincar\u00e9 \u00e9tait d\u2019\u00e9viter toute provocation de l\u2019Allemagne par la Russie, car il pensait que la France n\u2019\u00e9tait pas en mesure de gagner la guerre. Le Royaume uni tenta bien une derni\u00e8re d\u00e9marche aupr\u00e8s des chancelleries allemande et autrichienne, en proposant une rencontre \u00e0 quatre pour \u00e9viter la guerre. Cette ultime proposition fut rejet\u00e9e. Winston Churchill, Premier lord de l\u2019Amiraut\u00e9, ordonne, dans le plus grand secret, de mettre la Royal Navy en alerte.<\/p>\n<p>Le mardi 28 juillet, Guillaume II, rentr\u00e9 la veille de croisi\u00e8re, ordonne \u00e0 son ministre de la guerre Jagow, d\u2019informer Vienne qu\u2019il se propose de jouer l\u2019interm\u00e9diaire entre les Autrichiens et les Serbes. Le ministre allemand de la guerre, Erich von Falkenhayn, note dans son carnet\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0le kaiser tient des propos confus qui donnent la claire impression qu\u2019il ne veut plus la guerre\u00a0\u00bb Mais Falkenhaym rappelle au Kaiser\u00a0: \u00abqu\u2019il n\u2019a plus le contr\u00f4le des affaires entre ses mains\u00a0\u00bb. Il est clair que la gestion de la crise a bien \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 l\u2019empereur Guillaume II, Edward House avait d\u2019ailleurs d\u00e9j\u00e0 not\u00e9 dans son rapport \u00e0 W. Wilson\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019oligarchie militaire allemande a le pouvoir et\u2026 est d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 faire la guerre\u2026 et m\u00eame \u00e0 d\u00e9tr\u00f4ner le Kaiser d\u00e8s l\u2019instant o\u00f9 il donnera des signes de vouloir prendre des positions conduisant \u00e0 la paix\u00a0\u00bb. Sous la pression du ministre allemand des Affaires \u00e9trang\u00e8res, l\u2019Autriche finit par d\u00e9clarer la guerre \u00e0 la Serbie. La Russie d\u00e9clenche la mobilisation dans quatre r\u00e9gions militaires. Le Mercredi 29 juillet ont lieu d\u2019ultimes tractations. Moltke \u00e9crit dans son carnet\u00a0:\u00a0\u00bb Il faudrait \u00e0 pr\u00e9sent un miracle pour \u00e9viter le d\u00e9clenchement d\u2019une guerre qui an\u00e9antira la civilisation de presque toute l\u2019Europe pour des d\u00e9cennies\u00bb. En France, Jean Jaur\u00e8s soutenait avec toute son \u00e9nergie les efforts de Poincar\u00e9 et de Viviani pour la paix. Son assassinat, par Raoul villain le 31 juillet 1914, rallie tout le pays derri\u00e8re son gouvernement. Tout \u00e9tait en place\u00a0: l\u2019autorit\u00e9 du kaiser marginalis\u00e9e, l\u2019entr\u00e9e en guerre de l\u2019Autriche-Hongrie effective et la Russie devenue agresseur. Moltke saisit l\u2019opportunit\u00e9 qui s\u2019offrait \u00e0 lui. L\u2019Allemagne d\u00e9clara la guerre \u00e0 la Russie le 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt. Le d\u00e9roulement des op\u00e9rations s\u2019op\u00e9ra selon la plan Schlieffen modifi\u00e9 par Moltke. 6 semaines apr\u00e8s le d\u00e9but des combats, l\u2019arm\u00e9e allemande se trouvait sur le sol fran\u00e7ais pour d\u00e9truire l\u2019alli\u00e9e de la Russie dans une bataille d\u00e9cisive\u00a0: ce fut la premi\u00e8re bataille de la Marne Septembre 1914.<\/p>\n<p><strong>La premi\u00e8re bataille de la Marne 5-12 septembre 1914<\/strong><\/p>\n<p>Il n\u2019est pas question bien s\u00fbr de reprendre ici l\u2019analyse tactique et strat\u00e9gique de cette premi\u00e8re bataille, mais simplement d\u2019\u00e9voquer les d\u00e9bats qu\u2019elle a suscit\u00e9s. Repla\u00e7ons cependant quelques \u00e9l\u00e9ments de chronologie. Sit\u00f4t la guerre d\u00e9clench\u00e9e, sur le front de l\u2019Est, le Grand Duc Nicolas Alexandrovi\u010d, oncle de Nicolas II, d\u00e9sign\u00e9 Commandant du front austo-hongrois et allemand, bien qu\u2019il n\u2019ait jamais command\u00e9 une arm\u00e9e aussi importante et n\u2019ait pris aucune part \u00e0 la pr\u00e9paration et la planification des combats, lesquelles furent l\u2019\u0153uvre du g\u00e9n\u00e9ral Vladimir Alexandrovi\u010d Soumkholinov, Ministre de la guerre de 1909 \u00e0 1915 et de l\u2019\u00e9tat-major\u00a0; Les Allemands command\u00e9s par le fantasque g\u00e9n\u00e9ral Hermann von Fran\u00e7ois, lance une premi\u00e8re offensive victorieuse sur les Russes \u00e0 Stalupinnen le 20 aout 1914. Ils font plus de 3000 prisonniers. Pouss\u00e9 par ce succ\u00e8s, le G\u00e9n\u00e9ral Fran\u00e7ois presse Von Prittwitz de lancer la VIIIe arm\u00e9e allemande contre les Russes \u00e0 Gumbiggen. La premi\u00e8re arm\u00e9e russe est dirig\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral von Rennenkampf\u00a0; la seconde par le g\u00e9n\u00e9ral Samsonov. Deux g\u00e9n\u00e9raux exp\u00e9riment\u00e9s\u00a0; ils ont particip\u00e9 \u00e0 la guerre russo-japonaise de 1905, mais se d\u00e9testent suite au lourd contentieux qu\u2019a laiss\u00e9 entre eux la bataille de Moukden (20 f\u00e9vrier-10 mars 1905) au cours de laquelle Rennekampf refusa son soutien \u00e0 l\u2019arm\u00e9e de Samsonov et contribua largement \u00e0 la d\u00e9faite. Apr\u00e8s la d\u00e9faite de Stalupinnen, les arm\u00e9es russes non seulement se ressaisissent mais mettent en grande difficult\u00e9 la VIIIe arm\u00e9e allemande du g\u00e9n\u00e9ral Maximilien von Prittwitz, le 20 ao\u00fbt 1914. Pour \u00e9viter l\u2019encerclement, ce dernier d\u00e9cide alors d\u2019ordonner la retraite des troupes allemandes sur la Vistule abandonnant toute la Prusse orientale aux Russes. A Berlin, cette d\u00e9cision est re\u00e7ue et per\u00e7ue comme un cataclysme. La Prusse orientale \u00e9tait le berceau de la dynastie des Hohenzollern et le bastion d\u2019o\u00f9 \u00e9tait issue la majeure partie de l\u2019aristocratie militaire allemande qui formait l\u2019essentiel du Haut commandement. La r\u00e9action est rapide, le g\u00e9n\u00e9ral von Prittwitz est imm\u00e9diatement relev\u00e9 de ses fonctions et rappel\u00e9 \u00e0 Berlin pour passer en Conseil de guerre\u00a0; pour le remplacer, sont d\u00e9sign\u00e9s les g\u00e9n\u00e9raux Paul von Hindenburg et son adjoint Ludendorff qui arrivent avec le renfort de deux corps d\u2019arm\u00e9e complets et d\u2019une division de cavalerie soit plus de 50\u00a0000 h., pr\u00e9lev\u00e9s sur le front occidental o\u00f9 l\u2019avance allemande semble se d\u00e9rouler comme pr\u00e9vue en direction de Paris. Cette d\u00e9cision est pourtant lourde de cons\u00e9quence. Certes sur le front oriental, les Allemands se ressaisissent et infligent une s\u00e9v\u00e8re d\u00e9faite aux troupes russes lors de la bataille de Tannenberg 26-30 ao\u00fbt 1914, suivie de la premi\u00e8re bataille des lacs Mazurie du 7 au 15 septembre 1914, mais ils sont arr\u00eat\u00e9s sur la Marne o\u00f9 se joue la bataille d\u00e9cisive. C\u2019est l\u2019\u00e9chec du plan Schlieffen et le basculement d\u2019une guerre de mouvement vers une guerre de position dont les tragiques tranch\u00e9es sont d\u00e9sormais le cadre pendant 4 ans\u00a0!<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas question ici de refaire la strat\u00e9gie de la premi\u00e8re bataille de la Marne mais de souligner d\u2019une part combien l\u2019engagement russe sur le front oriental a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cisif dans la victoire. L\u2019absence de ces deux corps d\u2019arm\u00e9e est \u00e0 l\u2019origine du red\u00e9ploiement des arm\u00e9es allemandes et de l\u2019abandon de la marche sur Paris. Pourtant, il est int\u00e9ressant de noter que pendant longtemps, la victoire de la Marne dans laquelle le g\u00e9n\u00e9ral Joseph Gallieni a jou\u00e9 un r\u00f4le majeur, a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9 \u00e0 l\u2019envoi de troupes fran\u00e7aises sur le front gr\u00e2ce \u00e0 une noria des c\u00e9l\u00e8bres taxis de la Marne. Enfin on se posera la question de savoir si l\u2019ordre de retraite et de regroupement des forces allemandes sur la rive est de la Marne a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par von Moltke ou son jeune aide-de-camp Richard Hensch d\u00e9cidant peut \u00eatre du sort de la bataille.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, tous les historiens fran\u00e7ais sont d\u2019accord que les \u00ab\u00a0taxis de la Marne\u00bb n\u2019ont jou\u00e9 aucun r\u00f4le dans la victoire. Les 6 et 7 septembre, le g\u00e9n\u00e9ral Joseph Gallieni, nomm\u00e9 gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de Paris le 26 ao\u00fbt 1914 alors que le gouvernement lui laissait la capitale pour se replier sur Bordeaux, en accord avec le g\u00e9n\u00e9ral Joffre, prend l\u2019initiative de r\u00e9quisitionner environ 600 taxis pour transporter la 7<sup>e<\/sup> division d\u2019infanterie en renfort sur le front. Si sur le plan militaire, la contribution des taxis est absolument nulle\u00a0; les troupes transport\u00e9es \u00e9taient des troupes d\u00e9j\u00e0 \u00e9puis\u00e9es par les combats\u00a0; aucune ne fut d\u00e9ploy\u00e9e sur le front\u00a0; elle seront cantonn\u00e9es en seconde ligne, en revanche, sur le plan politique et m\u00e9diatique, le d\u00e9fil\u00e9 des taxis de la Marne, transportant, aux frais de la R\u00e9publique les troupes sur le front, illustrait parfaitement l\u2019union entre le front et l\u2019arri\u00e8re dans une France soud\u00e9e et d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 se battre pour rejeter l\u2019ennemi. Le mythe de l\u2019action d\u00e9cisive des taxis de Paris a compl\u00e8tement \u00e9vinc\u00e9 le r\u00f4le d\u00e9terminant du front de l\u2019est et a \u00e9t\u00e9 largement v\u00e9hicul\u00e9 dans les manuels scolaires des \u00e9poques ult\u00e9rieures. Il est temps de renouer le fil de l\u2019Histoire\u00a0; c\u2019est d\u2019ailleurs le r\u00f4le de notre colloque.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la d\u00e9cision de regrouper les forces allemandes \u00e0 l\u2019est de la Marne, elle est difficile \u00e0 attribuer avec pr\u00e9cision. Il faut tenter d\u2019\u00e9tablir une chronologie pr\u00e9cise des \u00e9v\u00e9nements. Le 22 ao\u00fbt Helmuth von Moltke d\u00e9cide de remplacer sur le front de l\u2019Est le g\u00e9n\u00e9ral von Prittwiz\u00a0; le 28 ao\u00fbt il d\u00e9cide de transf\u00e9rer sur le front russe deux corps d\u2019arm\u00e9e, soit environ 50\u00a0000 h., et une division de cavalerie. Or, c\u2019est \u00e0 la m\u00eame date, le 28 ao\u00fbt que von Moltke tombe malade laissant ses officiers d\u2019\u00e9tat-major, Gherard Trappen, charg\u00e9 de la direction des op\u00e9rations, Richard Hensch, charg\u00e9 du renseignement et Wilhelm Dommes, charg\u00e9 de la section politique, prendre des initiatives. C\u2019est alors que les historiens commencent \u00e0 \u00e9voquer le fameux \u00ab\u00a0conseil de direction\u00a0\u00bb qui aurait effectivement conduit les op\u00e9rations jusqu\u2019\u00e0 la batille de la Marne. Toutefois, la veille, le 27 ao\u00fbt, von Moltke avait encore transmis \u00e0 ses commandants d\u2019arm\u00e9e, sa <em>Directive supr\u00eame pour la continuation des op\u00e9rations<\/em> qui maintenait l\u2019encerclement de Paris , la travers\u00e9e de la champagne et le si\u00e8ge de Verdun. C\u2019est le 30 ao\u00fbt qu\u2019il modifie ses ordres suite au changement d\u2019axe de l\u2019arm\u00e9e allemande dont toute l\u2019aile droite marche \u00e0 l\u2019est de Paris. C\u2019est cette situation qui est mise \u00e0 profit par Joffre qui a renforc\u00e9 son aile gauche pour lancer le 5 septembre, la contre offensive fran\u00e7aise, d\u00e9clenchant la premi\u00e8re bataille de la Marne. Si les premiers jours de l\u2019offensive fran\u00e7aise, l\u2019\u00e9tat-major allemand reste confiant, von Moltke qui se trouve \u00e0 Luxembourg o\u00f9 est son Quartier g\u00e9n\u00e9ral, et qui a des difficult\u00e9s de communication avec ses chefs d\u2019arm\u00e9e, est beaucoup plus inquiet. Il envoie le 8 septembre le colonel Hensch faire le tour des \u00e9tats-majors. Le 9, en pr\u00e9sence de Hensch, les g\u00e9n\u00e9raux von B\u00fclow et Laurenstein pour la deuxi\u00e8me arm\u00e9e prennent la d\u00e9cision de battre en retraite, suivis par les g\u00e9n\u00e9raux von Kl\u00fcck et von K\u00fchl pour la 1<sup>e<\/sup> arm\u00e9e et la 3<sup>e<\/sup> arm\u00e9e. A 11h 45, von Moltke est mis au courant, il quitte Luxembourg le 11 novembre et, le 12 novembre, ordonne le repli g\u00e9n\u00e9ral. Il eut parfaitement conscience de la cons\u00e9quence de sa d\u00e9cision\u00a0; on lui pr\u00eate cette r\u00e9flexion\u00a0\u00ab\u00a0la campagne est perdue\u00a0\u00bb. Il sera d\u00e8s le 13 novembre remplac\u00e9 par Falkenhaym et meurt \u00e0 Berlin d\u2019une crise cardiaque le 18 juin 1916.<\/p>\n<p>Ainsi comme nous avons essay\u00e9 de le montrer dans le respect de la chronologie, ce ne sont ni von Moltke, ni son aide de camp Richard Hensch qui ont ordonn\u00e9 la retraite. Cette d\u00e9cision fut prise par les g\u00e9n\u00e9raux commandants les 1<sup>e<\/sup> , 2<sup>e<\/sup> et 3<sup>e<\/sup> arm\u00e9es allemandes sur le terrain. Von Moltke, mis devant le fait accompli n\u2019a fait qu\u2019ent\u00e9riner la d\u00e9cision et d\u00e9cid\u00e9 le regroupement des forces allemandes \u00e0 l\u2019est de la Marne. La campagne de France telle que l\u2019avait pr\u00e9vue von Schlieffen \u00e9tait bien perdue\u00a0; une autre guerre allait commencer\u00a0: celle des tranch\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Conclusion <\/strong><\/p>\n<p>De cette rapide pr\u00e9sentation je voudrais souligner quelques id\u00e9es qui me semblent essentielles. D\u2019abord l\u2019alliance franco-russe est le fait de personnalit\u00e9s engag\u00e9es pour la France et la Russie qui ont en commun une v\u00e9ritable tradition culturelle partag\u00e9e. Il faut retenir le r\u00f4le d\u2019Alexandre III, de Nicolas II, comme celui des Pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique Sadi Carnot, F\u00e9lix Faure, Emile Loubet, Armand Falli\u00e8res et Raymond Poincar\u00e9. Mais derri\u00e8re ces personnalit\u00e9s, il faut retenir le r\u00f4le essentiel du G\u00e9n\u00e9ral de Boisdeffre et de l\u2019amiral Rieunet et pour les Russes du G\u00e9n\u00e9ral Obroutchev dont la propri\u00e9t\u00e9 de Jaune dans les Landes fut le lieu des premiers contacts. Ce sont eux les v\u00e9ritables initiateurs de l\u2019alliance franco-russe qui ne fut pas seulement politique et militaire, mais aussi \u00e9conomique et culturelle.<\/p>\n<p>Cette allaince franco-russe fut d\u00e9cisive lors de la premi\u00e8re bataille de la Marne. C\u2019est la d\u00e9faite inflig\u00e9e \u00e0 Von Prittwiz \u00e0 Gumbinnen qui va d\u00e9cider de l\u2019\u00e9chec du plan Schlieffen et du remplacement de von Moltke. Il ne faut pas l\u2019oublier et sacraliser le mythe des \u00ab\u00a0taxis de la Marne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Enfin, la d\u00e9cision de regrouper les forces allemandes \u00e0 l\u2019est de la marne ne fut pas prise par von Moltke, ni son aide-camp, Richard Hensch, mais par les g\u00e9n\u00e9raux von B\u00fclow et Laurenstein \u00e0 la d\u00e9cision desquels se sont ralli\u00e9s les g\u00e9n\u00e9raux von Kl\u00fcck et von K\u00fchl. Cette d\u00e9cision devait sceller le sort de la guerre tel que l\u2019avait pr\u00e9dit von Moltke\u00a0: Si l\u2019 Allemagne n\u2019est pas victorieuse en 1914, elle sera vaincue dans les ann\u00e9es qui suivent\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>J.-P. Arrignon<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Les Diplomaties \u00e0 la veille de la Premi\u00e8re Guerre Mondiale\u00a0\u00bb Communication prononc\u00e9e lors du Colloque Franco-russe \u00ab\u00a0La France et la Russie\u00a0: 1914-1918\u00a0: de l\u2019alliance \u00e0 la coop\u00e9ration\u00a0\u00bb Dans le cadre du Centenaire 14-18 Yaroslavl\u2019 15-16 Septembre 2014, Chers coll\u00e8gues, C\u2019est pour moi un grand honneur et aussi une lourde responsabilit\u00e9 &hellip; <a class=\"readmore\" href=\"http:\/\/blogjparrignon.net\/asc2i\/les-diplomaties-a-la-veille-de-la-premiere-guerre-mondiale\/\">Lire la suite &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[48,22,47,49,10],"class_list":["post-261","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-recents","tag-1914-1918","tag-france","tag-premiere-guerre-monsiale","tag-relations-franco-russe","tag-russie"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/blogjparrignon.net\/asc2i\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/261","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/blogjparrignon.net\/asc2i\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/blogjparrignon.net\/asc2i\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/blogjparrignon.net\/asc2i\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/blogjparrignon.net\/asc2i\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=261"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/blogjparrignon.net\/asc2i\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/261\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":264,"href":"http:\/\/blogjparrignon.net\/asc2i\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/261\/revisions\/264"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/blogjparrignon.net\/asc2i\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=261"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/blogjparrignon.net\/asc2i\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=261"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/blogjparrignon.net\/asc2i\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=261"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}